Accueil > Uncategorized > Compte rendu: Le Conte classique à la fin des Qing

Compte rendu: Le Conte classique à la fin des Qing

Sheldon H. Lu: « Waking to Modernity: The Classical Tale in Late-Qing China »

Dans la lignée de David Der-wei Wang, Sheldon H. Lu étudie la littérature de la fin des Qing dans l’optique de contrecarrer une vision téléologique qui fait du 4 mai le seul foyer de la modernité littéraire chinoise. Sheldon H. Lu se penche sur les modernités « réprimées » (Lu cite l’ouvrage de David Wang : Fin-de-siècle Splendor : Repressed Modernities in Late Qing Fiction) de la fin des Qing et notamment sur le conte classique à travers l’écrivain Wang Tao (1828-1897). Sheldon H. Lu explore le projet d’écriture de Wang Tao et étudie la tension entre une forme extrêmement classique et la conscience réformatrice de l’auteur, entre le fantastique et les projets réels que Wang formule pour son pays.

Sheldon H. Lu rappelle que le conte est une forme qui remonte aux Six Dynasties et comprend les sous genres chuanqi, zhiguai, biji, yishi. Pu Songling est un des plus grands représentants de ce genre avec son œuvre Liaozhai Zhiyi dont s’inspirent les contes de Wang Tao étudiés par Sheldon H. Lu et regroupés sous le titre Hou Liaozhai zhiyi (1884-87). Les contes de Wang Tao recouvrent les sujets traditionnels de ce genre de littérature, que ce soient les démons et les renards, les histoires d’amour entre de jeunes hommes de bonne famille et des courtisanes, le surnaturel, les fées… A la fin des Qing, l’écriture de contes est une réponse au monde moderne en ce qu’elle prolonge des thèmes et des motifs traditionnels. Mais de la part de Wang Tao il ne s’agit pas d’un refus de cette modernité puisque Sheldon H. Lu précise qu’il fut un des premiers à faire connaître les institutions sociales, les mœurs et les systèmes politiques occidentaux. Pour Wang Tao, le conte est un moyen de ré-enchanter un monde magique discrédité et ridiculisé par les sciences occidentales. Cette orientation vers les mythes, les croyances, le passé et les créatures surnaturelles est la réponse emprunte de désillusion d’un auteur dont les talents ne sont pas reconnus. Préoccupé par le réel et la situation de la Chine, Wang Tao a vu ses ambitions et ses plans pour changer les choses constamment contrariés par l’incompétence, la stupidité ou l’étroitesse d’esprit de ses contemporains. Le conte, en ce qu’il met en scène le surnaturel, l’étrange et le merveilleux s’oppose à la rationalité de la modernité émergente mais sert également les aspirations de réformes sociales de Wang Tao : le conte sert à véhiculer un idéal que l’on ne peut réaliser dans la réalité.

Ainsi, Wang Tao introduit une nouveauté importante dans ses contes : des histoires d’amour transnationales entre des jeunes Chinois et des beautés occidentales. Wang Tao avait une bonne connaissance de l’Occident et Sheldon H. Lu précise qu’il fut un des premiers Chinois à avoir voyagé en Europe et à avoir créé des liens amicaux avec des Occidentaux en tant que personne privée et non en tant qu’officiel ou étudiant envoyé à l’étranger par le gouvernement. Sheldon H. Lu montre comment Wang Tao se sert du conte pour inverser la situation géopolitique entre la Chine et l’Occident. En effet, en mettant en scène des histoires d’amour entre un jeune homme chinois et une femme occidentale, Wang Tao masculinise le Chine et féminise l’Occident, plaçant une Chine en déclin dans le monde réel en position majeure dans le monde fantastique de la fiction. L’étude de Sheldon H. Lu met également en lumière la façon dont ces contes servent les aspirations de Wang Tao pour la Chine. Adepte du yangwu, il aimerait voir la Chine adopter les sciences et technologies occidentales et saisir l’opportunité historique que représente la présence des Occidentaux sur le territoire pour absorber ce que l’Occident a à offrir. Dans le conte Meili xiaozhuan (Biographie de Mary), Wang Tao dessine une jeune anglaise, Mary, qui excelle dans les sciences et les mathématiques, tombe amoureuse du Chinois Feng Yutian et s’installe définitivement en Chine. La jeune femme qui incarne la technologie occidentale prend donc la Chine pour pays d’adoption.

A une époque où le déclin de la Chine se fait sentir, où les relations entre soi et l’autre, la Chine et l’Occident sont marquées par l’hésitation et le doute, où la modernité émerge en tâtonnant, Wang Tao propose une résurrection du merveilleux et du fantastique comme moyen de porter les réformes sociales et ce, précise Sheldon H. Lu, bien avant les discours de la fin des années 90 et du début des années 1900 sur la fiction et la modernisation. Le conte laissera cependant la place au roman vernaculaire et Wang Tao représente la dernière floraison (moderne) du conte classique.

Référence : Sheldon H. Lu: « Waking to Modernity: The Classical Tale in Late-Qing China », in New Literary History, 2004, 34: pp. 745-760.

Pour une version pdf du compte rendu: waking-to-modernity.pdf

Audrey Déat

Publicités
Catégories :Uncategorized Étiquettes :
  1. Aucun commentaire pour l’instant.
  1. No trackbacks yet.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :