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Compte rendu: le poétique sous les Qing

Stephen Owen: « Savaging Poetry: The « poetic » in the Qing ».

Stephen Owen étudie les causes de l’échec de la poésie sous les Qing et propose une définition du poétique (the poetic) en contextualisant l’écriture et la lecture de poèmes et montre pourquoi l’expérience poétique sous les Qing n’a pas eu l’importance qu’elle avait sous les Tang.

Il est évident que la dynastie des Qing n’est pas réputée pour sa production poétique mais Owen précise que, non seulement l’activité poétique n’a pas cessé pendant les Qing mais également que la production de poèmes était plus riche et touchait des champs plus larges que la poésie Tang. Or, le discours dominant des critiques littéraires portait sur l’échec de la poésie contemporaine et Owen souligne ce paradoxe : « Poetry was important; contemporary poems were not. » (Owen, p.108) Les poètes contemporains sont peu lus et l’idée selon laquelle la souffrance inspire le génie poétique est abandonnée. Owen cite les explications données par les écrivains et critiques de l’époque pour expliquer le peu de succès de la poésie contemporaine comme, par exemple, le fait que la poésie n’est plus un moyen de promotion, le poids des poètes du passé, les changements du système éducatif… Mais Owen précise que ces explications sont superficielles et propose de s’interroger sur ce que représente ou est censée représenter la poésie et la conception du poétique sous les Qing.

La « Grande Préface » du Shijing pose le rôle régulateur de la poésie. Elle permet d’exprimer le génie de manière naturelle et civilisée, les émotions peuvent être extériorisées de façon régulée au lieu d’être réprimées totalement ou laissées à une libre expression. La poésie dépend donc du génie et est étroitement liée à la culture de l’élite. Owen montre alors qu’à une époque où l’élitisme était regardé avec ironie, il était difficile pour la poésie, en tant qu’elle était associée à l’élitisme, d’être reconnue comme une manifestation du génie. Cette ironie est portée par une nouvelle forme de représentations : la littérature vernaculaire. Concernant les Ming et le début des Qing, cette littérature s’incarne surtout dans le théâtre qui introduit des personnages représentants les classes sociales basses et leur donne un caractère nécessaire au bon déroulement de la pièce. Ces derniers n’hésitent pas à traiter avec ironie les représentants de la haute culture.

De nouveaux modes de représentations viennent donc supplanter la poésie et Owen montre que la culture poétique a du mal à trouver sa place sous les Qing. Le poétique dépasse la simple écriture de poème pour englober une expérience poétique que l’on tente en vain de retrouver sous les Qing. Owen cite l’exemple du gouverneur Jin Zhen qui fit reconstruire à Yangzhou un mur érigé par Ouyang Xiu afin de sensibiliser une population principalement intéressée par l’argent et le libertinage, aux beautés du paysage et aux activités poétiques. Owen précise que ce désir de changer les mœurs s’est heurté à un échec car les habitants de Yangzhou recherchent avant tout les plaisirs, quitte à inclure la poésie parmi eux. De plus, tandis que, sous les Tang, la poésie représentait un espace hors du social, un espace normé ou nombres d’éléments de la vie sociale réelle n’avait pas droit de cité, à la fin de l’empire cet espace est contextualisé, est ré-ancré dans le social et le réel : « What had previously been seen as a moment of stepping out of the complexities of the world into a protected space of genuine feeling and natural behavior (like the illusion one may have at a party) increasingly became a matter of leaving the « real » world and entering one of artificiality disguised behind the rhetoric of feeling. » (Owen, p.112) La contextualisation, selon Owen, amène le ridicule. Le poète qui tente de créer un espace hors du social, un espace séparé, se retrouve ridiculisé en une figure excentrique une fois contextualisé ou vu de l’extérieur.

Pour comprendre si le poétique peut survivre à sa contextualisation, Owen étudie ce qui se passe lorsque le poétique est vu de l’extérieur comme c’est le cas dans Peach Blossom Fan. Owen montre comment les amants, après leur retrouvailles, sont ridiculisés par le personnage Zhang Wei qui offre une nouvelle perspective et met en lumière non pas les personnages, mais les acteurs jouant une scène romantique ridicule. La remise en contexte casse l’expression des sentiments (qing) comme elle casse le poétique. Ce dernier peut toutefois être sauvé comme le montre Owen à travers son étude de The Palace of Lasting Life de Hong Sheng sur l’histoire de Yang Guifei et Xuanzong. Hong Sheng défend le poétique en dépassant sa contextualisation et en déployant « its divine machinery to create a literally seperate space in which the poetic can exist without contextualizing ironies » (Owen, p.116). Owen montre qu’en créant un espace divin, Hong Sheng crée un lieu où le poétique et les sentiments peuvent s’exprimer sans être ridiculisés par une mise en contexte. En effet, étant divins, ils transcendent tout contexte.

Référence : Stephen Owen: « Salvaging Poetry: The « Poetic » in the Qing » in Theodore Huters, R. Bin Wong, Pauline Yu, Culture and State in Chinese History, Conventions, Accommodations, and Critiques, Stanford: Stanford University Press, 1997, pp. 105-125.

Audrey Déat

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