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Compte rendu: modernités réprimées de la littérature de la fin des Qing

Voici un compte rendu de la première partie du livre de David Der-wei Wang, Fin-de-Siècle Splendor, Repressed Modernities of Late Qing Fiction, 1849-1911, dans laquelle il expose sa thèse : des éléments modernes étaient à l’œuvre dans la littérature de la fin des Qing et auraient pu amener à d’autres modernités sans le mouvement du 4 mai et l’imposition d’une modernité unique. Les autres parties du livre dont nous ne rendrons pas compte ici illustrent cette thèse par des exemples.

David Wang commence par rappeler que les premières études sur la littérature de la fin des Qing datent de la période du 4 mai et ont été effectuées par des critiques dont l’intention était de dépasser cette littérature qu’ils jugeaient encore trop attachée à la tradition afin d’installer la culture dans la modernité. La littérature de la fin des Qing est dépréciée comme un moment de déclin entre la vague de la fin des Ming et du milieu des Qing et la période du 4 mai. On pense alors que la littérature de la fin des Qing n’est pas encore moderne et ne pouvait l’être sans l’adoption massive des thématiques et des formes narratives occidentales qu’accomplira le 4 mai. Mais David Wang propose de se pencher sur cette littérature dite « pré-moderne » afin de rechercher les genres, styles et thèmes dont le caractère moderne fut réprimé par l’instauration d’une modernité unique soutenue par une vision téléologique de l’histoire et du progrès. David Wang soutient que la littérature de la fin des Qing n’est pas un simple prélude pré-moderne au 4 mai mais contenait des éléments qui auraient pu donner d’autres modernités s’ils n’avaient été réprimés par l’instauration d’une norme moderne calquée sur l’Occident et le rejet de la tradition : « In hastening to disinherit themselves from their literary heritage, May Frouth writers preferred to install, with great Confucian seriousness, a single modern(ist) doctrine received from established Western authority and to preclude from official art many kinds of modernity that had already sprung forth in the disorderly literature of late Qing China » (Wang, p. 16)

La littérature de la fin des Qing était avant tout une réponse aux sollicitations étrangères et David Wang propose de défaire l’idée selon laquelle la modernité chinoise est née de son calque sur la littérature occidentale pour mettre en évidence « its own own literary modernity in response, and oppoition, to foreign influences (…) I have undertaken the task of showing the late Qing writers were as new and as innovative as any other writers in other countries. » (Wang, p. 19) Parallèlement à la recherche de ces modernités réprimées, Wang précise que la littérature du 4 mai comporte également des éléments conventionnels et la recherche littéraire ne peut que gagner à revoir cet agencement linéaire du temps établi par les écrivains du 4 mai qui, dit Wang, ont déprécié la littérature qui les précédait afin de s’ériger eux-mêmes comme « the first generation to promote modern literature » (Wang, p. 20).

David Wang propose alors quatre aspects pour décrire les modernités réprimées de la fin des Qing. Le premier de ces aspects, Enlightment and Decadence confronte les discours sur la nouvelle fiction et la fiction telle qu’elle s’écrivait effectivement. A la fin des Qing, et principalement sous l’égide Liang Qichao, la nouvelle fiction et le roman politique sont appelés pour transformer la nation et défaire les effets néfastes dispensés au sein du peuple par l’ancienne fiction. Mais la nouvelle fiction connut un bref engouement et disparut avant même d’avoir pu être intégrée par les lecteurs. Car David Wang précise que la littérature était rétive à cette nouvelle fiction et présentait au contraire tous les aspects d’une décadence qui a accompagné la campagne pour les lumières lancée par Liang Qichao et d’autres. Cette décadence s’exprime dans le maniement des conventions et des formes traditionnelles ainsi que dans la parodie des grandes histoires classiques. Avec le deuxième aspect, Revolution and Involution, David Wang introduit le concept d’involution pour faire face au terme de révolution qui, depuis son utilisation par Liang Qichao, a été repris à foison dans les discours sur la littérature de la fin des Qing et du 4 mai. Mais l’on peut se demander si les transformations majeures opérées à ces deux périodes constituent proprement une révolution, c’est à dire, l’éradication de la tradition. David Wang propose alors le terme d’involution pour décrire une tendance qui, contrairement à la révolution, ne se jette pas vers l’avant de façon optimiste et linéaire, mais qui ne s’apparente pas pour autant à une attitude réactionnaire, laquelle suppose un retour au point d’origine. L’involution est la capacité de produire des formes nouvelles et complexes en restant ancré dans son temps et dans son lieu. La littérature moderne, loin d’apparaître avec le 4 mai, se manifestait dès la fin du 19ème siècle notamment à travers la façon dont les écrivains chinois regardaient leur propre tradition et comment ils intégraient les théories occidentales dans leur lecture la littérature classique. Leur appropriation (parfois maladroite) de nouveaux genres a donné lieu à une multitude de modernités potentielles. Rationality and Emotive Excess, le troisième aspect, met en évidence l’excès d’émotions (qing) que l’on trouve dans la littérature de la fin des Qing. David Wang précise, en reprenant l’idée de Yuan Jin, que contrairement aux autres époques, l’émotion déversée massivement dans la littérature est alors liée aux crises politiques et non plus aux sentiments personnels. Ainsi, les sentiments les plus prisés tournent autour de la dévotion pour la nation. De manière générale, la fin des Qing est caractérisée par l’excès, qu’il s’agisse des sentiments ou de la structure même des romans : pressés par l’urgence de poursuivre l’histoire, les auteurs ne prennent pas le temps de construire les scènes et les chapitres se succèdent et s’accumulent bien souvent. « Praising or condemning, exaggerating or trivializing their subjects, late Qing writers cannot resist the impulse to transgress limits, to ornament a convention till it becomes a heavy-handed parody of itself. » (Wang, p. 42). Enfin, le quatrième aspect, Mimesis and Mimicry traite des rapports que la littérature de la fin des Qing entretient avec la réalité. Les plus fervents critiques de cette littérature lui reconnaissent comme point positif le reflet qu’elle donne de la réalité et de la situation de cette époque. D’un point de vue littéraire cela dit, la littérature de la fin des Qing ne répond pas aux critères du Réalisme occidental. David Wang note qu’une caractéristique de la fin des Qing est le rétrécissement de la distance entre la narration et son sujet : les écrivains écrivent sur les événements politiques et sociaux qui leur sont contemporains. Ce reflet de la réalité se fait selon Wang sur le mode d’un mimétisme qui intègre des exagérations, des distorsions et des simplifications. Mais ce mimétisme possédant une dimension créatrice à ne pas négliger, opère aussi vis-à-vis de la littérature classique chinoise ainsi que de la littérature occidentale.

Référence : David Wang, Fin-de-Siècle Splendor, Repressed Modernities of Late Qing Fiction, 1849-1911, Stanford : Stanford University Press, 1997.

Audrey Déat

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